IA & HORIZONS La Newsletter de l'Institut-EuropIA N.14 Juin 2026

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30 Jun, 2026

par Chiara Sottocorona – Experte en IA et Médias de lInstitut EuropIA

Quel est l’impact de l’IA sur le travail ? 

La révolution portée par l’intelligence artificielle touche désormais tous les secteurs d’activité et en ce mois de juin a été au cœur du sommet européen COTEC qui s’est tenu à Venise, organisé par la Fondation Cini, sous le titre « Rethinking work in the age of AI: Transformation, Opportunity, Governance »L’Institut EuropIA était représenté par son président Marco Landi, qui a participé à l’événement. 

L’Europe s’est engagée à veiller à une adoption responsable de l’IA, un engagement également inscrit dans le mémorandum signé à Venise par le président italien Sergio Mattarella, par le roi d’Espagne Felipe VI et le président portugais Antonio Séguro. Il faudra cependant passer à la vitesse supérieure, comme l’a souhaité le président Mattarella : « Il ne faut pas diaboliser le changement, mais le maîtriser. Que l'UE franchisse le pas » 


Sergio Mattarella, le président italien, accueilli à Venise à la Fondation Cini


Lors du G7, qui  la même semaine à Évian, du 15 au 17 juin, a réuni la France, les États Unis, le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne, le président français Emmanuel Macron a promu et fait adopter des priorités pour « l’espace numérique » dans l’Union Européenne :

  1. Garantir une IA sûre et responsable. 
  2. Accélérer l’innovation et l’adoption de l’IA dans les entreprises, y compris dans les PME.
  3. Concilier le numérique et la transition écologique.
  4. Protéger les mineurs sur Internet et les réseaux sociaux.

Et à l’occasion de Viva Tech, le plus grand salon technologique français qui s’est achevé à Paris le 20 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que l’État mettrait à la disposition auprès de 2 millions des fonctionnaires un Assistant IA permettant de consulter, rédiger et traduire des documents, développé par Mistral.ai, basé sur le modèle d’IA français, et disponible dès maintenant. 

Cela n’arrive pas seulement que dans les administrations publiques : dans la plupart des lieux de travail, les salariés sont désormais confrontés à l'utilisation de l'IA, des assistants et des agents autonomes, en France comme en Italie et partout dans les pays européens. Nous sommes face à un taux d'adoption de l’IA dans les entreprises qui dépasse les 60 % cette année sur notre continent et qui registre une moyenne mondiale encore plus haute, au 74%.

Et si le travail doit aujourd’hui être réinventé, il est nécessaire d’accompagner cette transformation profonde afin que chacun puisse en prendre conscience et y être formé aux nouvelles taches, pour éviter les exclusions, les marginalisations et les craintes.



Le taux d’adoption de l’IA par les employées

Le taux d’adoption de l’IA par les employées


Le pays qui a adopté le plus rapidement l’intelligence artificielle dans le monde est l’Inde : 95 % des travailleurs l’utilisent. Désormais troisième puissance technologique mondiale, capable de former plus d’un million d’ingénieurs par an, l’Inde est aussi un nouveau partenaire technologique pour l’Europe. À la veille du G7 d’Évian, le président français Emmanuel Macron a accueilli à Nice, le 14 juin, le Premier ministre indien Narendra Modi pour inaugurer « Bharat Innovates 2026 », premier grand salon des technologies indiennes, réunissant 120 start-up innovantes au Palais des Expositions.

En France et en Italie, en revanche, ce sont 62 % des employés front-desk, dans les moyennes et grandes entreprises, qui utilisent l’IA chaque semaine. Tels sont les chiffres révélés début juin par l’enquête mondiale « AI at Work » de Boston Consulting Group. Une enquête menée auprès de 11 749 employés et cadres d’entreprises comptant au moins 10 000 salariés, sur 14 marchés, afin de comprendre comment l’intelligence artificielle redéfinit la nature et l’organisation du travail, avec quels risques et quels avantages.



Regular AI use across worker levels

 

Près des trois quarts des personnes interrogées (72 %) affirment que l’IA a déjà considérablement modifié leurs compétences, et près de la moitié révèlent consacrer plus de temps à la gestion et à la supervision de l’IA qu’au travail qu’elles effectuaient auparavant.



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Seul un tiers des employes se sent suffisamment préparé, tandis que 88 % des travailleurs interrogés déclarent avoir besoin « d’une formation approfondie au cours des cinq prochaines années pour acquérir les compétences nécessaires dans un travail optimisé par l’IA ». On note également que 41 % des personnes interrogées font état d’une « charge cognitive accrue ».

L’avantage réside en revanche dans la réduction du temps de travail : 70 % des travailleurs indiens parviennent à gagner une journée de travail par semaine, contre seulement 42 % aux États-Unis et 33 % en Italie. 

Le gain de temps est plus important dans les secteurs du marketing, des technologies de l’information, de la finance et de la science des données.



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Mais le « gain de temps » ne correspond pas nécessairement à une « réduction des coûts ».

L’étude met en évidence un paradoxe : même si, en moyenne, 42 % des salariés gagnent jusqu’à 8 heures de travail par semaine grâce à l’IA, « la plupart des organisations n’ont pas encore appris à transformer ce gain de temps en valeur ajoutée».

Le véritable défi aujourd’hui est davantage d’ordre organisationnel et managérial que technologique : « La première vague d’adoption de l’IA s’est concentrée sur la productivité individuelle ; la prochaine nécessite une transformation collective du travail », déclare Vincianne Beauchene, associée chez BCG et co-auteure de l’étude. « Il faut une stratégie claire, avec des priorités bien définies et communiquées au sein de l’organisation », explique Sylvain Duranton, responsable mondial de BCG-X (la branche technologique du cabinet de conseil). « Plutôt que d’investir dans de nouveaux outils, il est plus important de repenser les processus de travail. Il faut mesurer l’efficacité et le niveau de satisfaction, plutôt que le taux d’adoption ».

Pour en tirer des bénéfices, il faut que les personnes soient informées et placées au cœur du projet de transformation. Sinon, on risque la désorganisation et la méfiance. 

News

Dans une tribune publiée par Le Monde le 18 juin, environ 150 écrivains, artistes et intellectuels appellent à boycotter l’IA générative : Ils estiment que les risques constituent un véritable enjeu de société. Leur diagnostic : marginalisation de l'humain, affaiblissement cognitif, dépendances émotionnelles. 


La cyber-guerre en cours : quand le code devient une arme …

La décision prise à moitié juin par l’administration Trump de couper sans préavis l’accès aux plus performants modèles IA d’Anthropic, Mythos et Fable 5, aux non-américains, a créé un choc en Europe. Premier signe d’un passage de l’« American First », à l’« American Only », les meilleures IA capables de coder et analyser restent donc réservées aux Etats-Unis, pour un souci déclaré de « sécurité nationale ».  

Risque-t-on de voir se développer une tech à deux vitesses, voire une économie à deux vitesses ? L’enjeu est d’autant plus vital en ce moment où le software est au centre du champ de la bataille géopolitique et que l’Europe est la cible d’une cyber-guerre de plus en plus intense. 

Dans son nouveau rapport Insight intitulé « La nouvelle guerre : cybersécurité, IA et militarisation du code », Klecha & Co., banque d'investissement paneuropéenne spécialisée dans le secteur technologique, analyse comment la convergence de la cybersécurité, de l'IA et de la géopolitique redéfinissent les marchés technologiques, les stratégies industrielles et les opérations d'investissement.


L’étude de 68 pages diffusé en juin 2026

 

Le cyber-space est depuis longtemps un champ de bataille mondial, au même titre que la terre, l'air, la mer et l'espace, et la cybersécurité est un élément clé de la sécurité nationale, de la compétitivité industrielle et de la création de valeur pour les investisseurs. Mais avec l'intelligence artificielle, la portée de ce secteur a radicalement changé. 

La cybercriminalité et la guerre numérique prennent une ampleur économique sans précédent. Rien qu'en 2025, le FBI a enregistré plus d'un million de signalements de cybercrimes, pour des pertes dépassant les 20 milliards de dollars. Parallèlement, les gouvernements, les infrastructures critiques, les institutions financières et les grandes entreprises sont devenus des cibles privilégiées d'attaques automatisées toujours plus sophistiquées dans nos pays européens aussi. 



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Les infrastructures sont particulièrement vulnérables : l’énergie, les télécommunications, l’eau, les transports et la santé dépendent encore de systèmes anciens, conçus avant l’avènement de l’IA et de la cyberguerre. Les télécommunications, en particulier, constituent aujourd’hui l’un des actifs les plus stratégiques et à risque. 

L'ANSSI (l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information) française a traité plus de 3 500 événements de sécurité en 2025, et elle traite désormais plus de 2 500 rapports mensuels  d’attaques importants. L'Agence nationale italienne de cybersécurité (ACN) a enregistré un taux de 53 pour cent d’augmentation des incidents au premier semestre 2025 par rapport à la même période en 2024, avec des pertes estimées à 66 milliards d’euros. Tandis que l'INCIBE espagnol a traité 122 223 incidents tout au long de l'année, soit une hausse de 26 % par rapport à 2024.

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Alors que par le passé, les cyberattaques étaient principalement conçues et gérées par des humains, nous assistons aujourd'hui à un affrontement croissant entre systèmes autonomes : d'ici 2027, plus de 30 % des cyber incidents majeurs à l'échelle mondiale seront générés, orchestrés ou amplifiés par des systèmes d'IA agents, prévoit Gartner.Les données du début de l'année 2026 suggèrent que ce seuil pourrait être atteint plus tôt que prévu, avec l'émergence d'agents autonomes capables de s'adapter, de prendre des décisions et de réécrire leur propre code en temps réel jusqu'à l'atteinte de leur objectif.

La rapidité du phénomène est impressionnante : début 2026, les cyberattaques hostiles facilitées par l'IA progressaient de 89 % sur un an, tandis que le temps record de compromission d'un système tombait à seulement 27 secondes. 

« Cette ère du code militarisé, marquée par des attaques invisibles, persistantes et hautement adaptables, représente un défi majeur pour la sécurité nationale, la stabilité économique et l'intégrité des processus démocratiques à travers le monde » préviennent les experts de Klecha. 

Les stratégies de défense doivent elles aussi évoluer très rapidement.  Selon plusieurs rapports du secteur, le marché de la cybersécurité basée sur l'IA devrait atteindre 44,24 milliards de dollars en 2026, avec un taux de croissance annuel composé de 21,71 % dans les prochaines années. 

Le plan d'action sur l'IA de l'administration Trump, annoncé en 2025, a placé la cybersécurité au cœur stratégique de cet effort et les investissements sont conséquents.

« À l’échelle de l’UE, l’arsenal réglementaire est de plus en plus intégré » indique l’étude. La directive NIS2, le règlement sur la cyber résilience (Cyber ​​Résilience Act), le règlement DORA et le règlement sur l’IA (EU AI Act) sont mis en œuvre en parallèle ; par ailleurs, des mesures de simplification ont été adoptées par la Commission européenne que le 20 janvier 2026 a introduit des modifications ciblées de la directive NIS2 visant à clarifier les règles de compétence, à rationaliser la collecte de données sur les attaques par rançongiciel et à conférer à l’ENISA un rôle de coordination renforcé.

Le Sommet Franco-Italien
Plusieurs engagements sur la Défense, la cybersécurité, la coopération renforcée  concernant les satellites, l’aérospatial, le développement du nucléaire civil, les infrastructures énergétiques, ont été dans le programme du rencontre bilatérale France-Italie : le 25 juin le président Emmanuel Macron a accueilli Giorgia Meloni sur la Côte d’Azur, à Antibes.
En même temps au forum économique tenu au Cannet les ministres et les industriels de deux pays ont discuté aussi de la convergence franco-italienne au service de la souveraineté européenne.
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Chiara Sottocorona

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