IA & HORIZONS

par Chiara Sottocorona
Experte en IA et Médias de l’ Institut-EuropIA
Quelle place va jouer l’IA dans le cinéma ?
Le cinéma n’est pas près de disparaître : le festival international du Cinéma de Cannes, qui viens de se clôturer le 23 mai dans sa 79ème édition, l’a bien démontré. Des films au cœur de l’actualité, des messages forts qui dénoncent « l’état actuel du monde » et des appels, comme celui de Christian Mungiu, le gagnant de la Palme d’Or, à agir en faveur « de la tolérance, de l’inclusion, de l’empathie ». Un festival qui cette année a choisi la résistance, avec la condamnation des guerres passées et présentes ainsi que la préoccupation face à « nos sociétés fracturées, radicalisées ».
Comme l’a rappelé le réalisateur espagnol Javier Calvo, l’un des gagnants du Prix de la mise en scène, « L’art nous permet de devenir de meilleurs êtres humains ». Avant de consigner la récompense la plus prestigieuse du 7ème Art, la palme finale, l’actrice britannique Tilda Swinton a lancé : « Je croix dans le cinéma et dans la race humaine ». Une façon peut être aussi de rappeler à tout le monde que ce sont les professionnels, les humaines, les artistes, qui continuerons à faire le cinéma, non les nouveaux outils de l’intelligence artificielle.
« Elle a déjà fait son entrée dans les studios, les salles de montage, le processus de création… Nous ne fermons pas les yeux, mais refusons que l’IA dicte sa loi au cinéma » c’est en ces termes qu’Iris Knobloch, la présidente du Festival de Cannes, avait pris position lors de la conférence de presse précédant le coup d’envoi du festival.
Certainement, « La Tech ne remplacera jamais le talent » comme il est écrit dans l’affiche d’une journée de rencontres sur la Croisette, le 19 mai, intitulée « L’IA ne tournera pas sans nous », organisée par Tech-Cannes, une plateforme suivie par 6000 professionnels, créée pour expérimenter les technologies émergentes au cinéma.
Un débat donc sur l’avenir du cinéma, promu par Sarah Lelouch, productrice et partenaire aussi du WAIFF, le World AI Film Festival, qui s’était tenu à Cannes, dans le même Palais des Festivals, le mois dernier, le 21 et 22 avril.
Le WAIFF (auquel a été dédié le numéro précédent de cette newsletter) a montré un nouvel essor de créativité et l’affirmation des nouvelles forme narratives grâce à l’emploi de l’IA dans les court-métrages, les documentaires, les films d’animation, les vidéos destinées aux plateformes. « Tous les producteurs se tournent désormais vers ce nouvel univers pour comprendre comment l’IA va s’imposer au cinéma » nous dit Roberto Amoroso, réalisateur et producteur italien, président de Alfred Film, qui était dans le jury. En effet, selon plusieurs études des marché, l’adoption des outils d’IA a déjà beaucoup avancé entre le 2023 et aujourd’hui dans le cinéma mondial.
Selon les statistiques de WorldMetrics, environ 70 % des films ont intégré une forme ou une autre de technologie d'IA au cours de leur production. Cette adoption généralisée met en évidence le rôle croissant de l'IA dans l'industrie cinématographique, où elle est utilisée déjà pour analyser les scénarios et prédire le succès au box-office avec une précision de 90 %.
Les cinéastes aussi se tournent de plus en plus vers les solutions d'IA pour rationaliser leurs processus de production, améliorer les effets visuels ou créer des décors immersifs. La disponibilité croissante d'outils et de plateformes d'IA a rendu l'intégration dans leurs projets plus accessible, tant pour les grands studios que pour les cinéastes indépendants.
« Les avancées technologiques en matière d'IA comprennent des améliorations dans le traitement du langage naturel pour l'écriture de scénarios, des modèles d'apprentissage automatique perfectionnés pour le montage et la post-production, ainsi que des algorithmes plus sophistiqués pour l'analyse d'audience » souligne le report AI in Film Market réalisé par le cabinet Market.us en mai 2025.
La taille du marché mondial de l'IA dans le cinéma devrait atteindre environ 14,1 milliards de dollars d'ici 2033, contre 1,8 milliard de dollars en 2024, avec un taux de croissance annuel composé (CAC) de 25,7 % sur la période de prévision allant de 2024 à 2033.
Una croissance significative, que pourtant est encore perçue comme une menace par beaucoup de professionnels du cinéma.
L'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus de réalisation cinématographique s'est imposée comme « un facteur clé de réduction des coûts dans ce secteur » indique l’étude. Au début l’IA a joué un rôle déterminant dans l'amélioration des effets visuels (VFX). Grâce aux algorithmes d'apprentissage automatique, les cinéastes peuvent créer des effets visuels plus réalistes et plus complexes, qui étaient auparavant impossibles à réaliser ou qui auraient nécessité beaucoup plus de temps et de ressources humaines.
En automatisant des tâches à forte intensité de main-d'œuvre telles que le montage, les effets visuels et l'analyse de scénarios, les technologies d'IA rationalisent maintenant les flux de production, ce qui se traduit par des économies substantielles.
Selon le rapport de McKinsey intitulé « What AI could mean for film and TV production » (janvier 2026), elle pourrait réduire les coûts de production de 10 à 30 %.
Mais combien de professions du cinéma sont-elles menacées ? « Je ne pense pas » répond Amoroso. « L’IA est un outil de production, elle ne réalise pas les films toute seule. Avant les consignes, il faut une idée. Même si le réalisateur n’est pas sur le plateau, mais devant son écran, il aura toujours besoin du directeur de la photographie, du décorateur ou du costumier. C’est l’interface technique qui change, pas l’équipe, ni le geste artistique ».
Les technologies de Face Engine et les très performantes IA capables de reproduire les voix des acteurs ont pourtant soulevé des vagues d’inquiétude et des questions éthiques dans la communauté des interprètes. Peut-on imaginer un cinéma sans l’essentielle performance des acteurs ? Cela reste une grande question ouverte, parce que c’est avant tout le jeu de l’acteur qui génère les émotions. Les acteurs synthétiques créés par l’intelligence artificielle, bien qu’en évolution et de plus en plus réalistes, ne pourront pas prouver de l’empathie. Et encore moins la trasmettre.
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Le sondage : est-ce-que les spectateurs approuvent-ils les films réalisés avec l’IA ?
« LIGHTS, CAMERA, AI- WHAT CONSUMERS REVEAL ABOUT HOW AI IS RESHAPING MEDIA & ENTERTAINMENT »
« Lumières, camera, IA- Ce que les consommateurs nous révèlent sur la façon dont l’IA transforme les médias et le divertissement ». Il s'agit d'un sondage réalisé aux États-Unis au mois de mars auprès de 2 000 personnes âgées de 18 à 65 ans. Source : Alvarez and Marsal.
29 % Ont l'intention de passer plus de temps sur les plateformes proposant des contenus générés par l'IA.
51 % Acceptent les films générés par l'IA, voire s'y intéressent davantage.
76 % Souhaitent que l'IA contribue à la création des contenus qu'ils regardent.
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De l’IA au Quantique une nouvelle compétition est engagée, la France en première ligne

Les technologies quantiques, avec leur grand potentiel de calcul, simulation, communication, ne sont plus un simple exercice théorique : elles constituent la nouvelle infrastructure critique du XXIe siècle, capable de redéfinir la sécurité, la compétitivité industrielle, la finance et la défense. À l'échelle mondiale, les investissements publics dépassent déjà les 42 milliards de dollars ; du côté privé le secteur a reçu des investissements record en 2025, dont 4,9 milliards de dollars uniquement dans les Etats-Unis Et deux nouvelles annonces sont arrivées en ce mois de mai, à distance de 24 heures l’une de l’autre.
La première concerne les investissements supplémentaires des Etats-Unis, qui cherchent à garder la leadership : le jeudi 21 mai l’administration Trump a annoncé qu’elle va injecter 2 milliards de dollars dans neuf entreprises de cette nouvelle industrie. Un financement qui vient du programme Chips and Science Act, lancé déjà en 2022 par l’administration Biden. IBM, un pionnier de cette technologie, sera le principal bénéficiaire, avec une enveloppe de 1 milliard de dollars, et Big Blue prévoit, en parallèle, d’investir un autre milliard de dollars de fonds propre dans une nouvelle division dédié à la fabrication de puces quantiques. D’autres sociétés, déjà affirmées dans le domaine, comme D-Wave Quantum, Rigetti Computing, PsiQuantum et Infleqtion, seront aussi soutenues dans cette course à l’ordinateur quantique et aux nouveaux semi-conducteurs nécessaires pour sa réalisation.
Le jour suivant, le vendredi 22 mai, fut le tour du président français Emanuel Macron. Il a annoncé, pendant sa visite au Très grand centre de calcul du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) dans l’Essonne, un nouveau financement de 1,5 milliards d’euros dans les filières stratégiques du quantique et des semi-conducteurs.
Pour la filière quantique l’enveloppe de 1 milliard d’euro vient de fonds de France 2030, un vaste plan des financements des technologies stratégiques, au travers duquel déjà 1,8 milliards d’euros ont été destinés au développement du quantique français entre 2021 et 2025.
« Nous sommes dans la bataille quand on parle du quantique » a rappelé le président. « Nous avons les moyens de réussir ». C’est encore et aussi une question de souveraineté, donc l’État va soutenir les pépites tricolores, comme il avait fait dans la course à l’IA, et cette fois avec plus d’anticipation.
D’importantes start-up françaises ont émergées dans l’écosystème du quantique, tels que Pasqal (qui compte entre ses fondateurs le Prix Nobel de la Physique Alain Aspetc), Quobly, Quandela, C12, Alice & Bob. Cette dernière est en train d’entrer aussi dans l’orbite de Nvidia.
Jensen Huang, le patron visionnaire de Nvidia travaille depuis 2025 à la création d’un grand laboratoire, le « NVIDIA Accelerated Quantum Research Center » (NVAQC), situé près de Boston, à proximité de Harvard et du MIT. Comme il a déclaré, ce centre devra « aider à résoudre les problèmes les plus compliqués liés à l'ordinateur quantique, allant du bruit quantique à la transformation de processeurs quantiques expérimentaux en outils pratiques. »
La start-up Alice & Bob, qui développe un ordinateur basé sur « qbits supraconducteurs » a levé en 2025 déjà 100 millions de dollars au vu aussi de ses recherches sur l’utilisation de l’IA pour améliorer le design des puces destinées à l’ordinateur quantique. Elle a cette année bénéficié d’une participation du fond NVentures, celui de Nvidia, mais le montant n’est pas connu.
Loïc Henriet, le directeur général de Pasqal a dit dans une interview à Les Echos : « L’IA permet d’améliorer nos machines. Nous pouvons l’utiliser dans certains processus de performance de nos ordinateurs quantiques ». La start-up Pasqal a obtenu déjà 150 millions de financements pour développer aussi des applications hybride combinant IA et quantique.
Selon le « Quantum Technology Monitor » de McKinsey, les premières applications commerciales des ordinateurs quantiques sortent déjà des laboratoires et pourraient générer une valeur totale de 2 000 milliards de dollars dans les secteurs de la chimie, des sciences de la vie, de la finance et de la mobilité d'ici 2035.
Le prochain RDV de l’Institut-EuropIA : WQCF
Les 17 et 18 novembre prochains se tiendra la première édition du World Quantum Cannes Festival, au Palais des Festival de Cannes : un événement incontournable pour tous ceux qui s'intéressent à cet ensemble de technologies nouvelles et prometteuses, encore relativement méconnues du grand public.https://www.worldquantumcannesfestival.com
« Dans le domaine du quantique les cartes n'ont pas encore été déjà distribuées, l'Europe dispose de tous les ingrédients pour s'imposer comme leader technologique » nous dit Marco Landi, fondateur et président de l’Institut -EuropIA. « Nous pouvons jouer un rôle important non seulement en tant que marché, mais aussi en tant que fournisseurs et acteurs, notamment en ce qui concerne les applications scientifiques. »
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