L'IA au coeur de la guerre et des polémiques éthiques

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29 Mar, 2026

par Chiara Sottocorona –

Experte en IA et Médias de l’ Institut-EuropIA


La guerre lancée la nuit du 28 février contre l'Iran avec l'«Opération Epic Fury » américaine

et l'«Opération Roaring Lion » israélienne est en grande partie une « cyberguerre ». Pour

décapiter le régime des ayatollahs, en frappant avec une précision chirurgicale le guide

suprême Ali Khamenei et chacun des hauts dirigeants, il faut un déploiement massif de

technologies, allant de la surveillance par satellite à la reconnaissance des formes et des

visages, de l’analyse des cibles sur le terrain au guidage de précision des missiles et des

drones. Une guerre aérienne, comme celle qui se déroule actuellement au Moyen-Orient,

ne serait pas possible sans un usage massif de l’IA sous de multiples formes. Ce n’est pas

un hasard si dans les jours qui ont précédé le début des opérations une polémique a

éclaté au sujet des fournitures d’IA au Pentagone, opposant les deux majeurs rivaux dans

le business de l’intelligence artificielle :

Sam Altman CEO d'Open AI et Dario Amodei CEO d'Anthropic


Altman et Amodei


Altman et Amodei, dans la photo côte à côte, à poings serrés, lors du Sommet sur l'IA 2026

en Inde.

Claude, le modèle d'IA d'Anthropic, était déjà intégré depuis des mois dans les systèmes

logiciels de Palantir, la société de Peter Thiel, principal fournisseur des technologies pour

les stratégies de renseignement au Pentagone, à la CIA, mais aussi à Israël.

Selon le Wall Street Journal, du début de la guerre, la technologie d'Anthropic était déjà

installée et utilisée dans les systèmes informatiques des commandements militaires

américains, pour servir à l'analyse et à la sélection des cibles. Anthropic avait en effet

conclu depuis l’été dernier un contrat de 200 millions de dollars avec le Pentagone.

Mais à fin février Dario Amodei s’est engagé dans un bras de fer avec le ministère

américain de la Défense (renommé par Trump ministère de la Guerre) affirmant que «

même les systèmes d’IA les plus avancés ne sont pas suffisamment au point pour leur

confier le pouvoir de contrôler des armes mortelles ».

Invoquant des raisons éthiques, il a donc clairement rejeté l’utilisation de son modèle

Claude dans les systèmes d’armes automatiques et la surveillance de masse. « En toute

conscience, nous ne fournirons pas un produit susceptible de mettre en danger des civils

et des militaires », a rétorqué Amodei, s’attirant ainsi les foudres de l’administration

américaine (message sur X : « Nous ne laisserons aucune entreprise nous dicter les

conditions de nos décisions opérationnelles ») puis du président Trump lui-même, qui a

tout de suite fait inscrire la start-up d’Amodei sur la liste noire des sociétés représentant

« un risque pour la chaîne d’approvisionnement public ».

« Aucune sanction, ni intimidation, ne nous fera pas changer d’avis », a réaffirmé Amodei,

campant sur ses positions.

Son rival Sam Altman n’était certainement pas du même avis, puisqu’il s’est empressé de

conclure avec le Pentagone un accord d’une valeur équivalente à celui qui avait été exclu

avec Anthropic : 200 millions de dollars. Le Pentagone a officialisé le choix de modèles

d’Open AI quelques heures seulement après avoir ordonné la fin de collaboration avec

Anthropic, le 2 mars.

Une décision désapprouvée non seulement par les internautes, qui ont réagi par une

vague de désinstallations de l’application Chat-GPT et un record de téléchargements du

rival Claude, mais aussi par l’équipe de direction de la start-up d’Altman.

Le 8 mars, Caitlin Kalinowski, responsable du secteur robotique chez Open AI, a

démissionné, motivée par le fait que la surveillance de masse et l’autonomie létale des

armes utilisées sans supervision humaine sont des questions qui méritaient « une

réflexion plus approfondie et non des accords précipités ».

La preuve en a été dramatiquement apportée dès la première semaine de la guerre, avec

le massacre de fillettes iraniennes, dans lequel semblent être impliqués précisément les

systèmes d’armes à guidage automatique.


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Un missile Tomahawk américain a frappé par erreur l’école primaire Shajarah

Tayyebeh dans la ville iranienne de Minab. Le bilan est terrible : 175 morts parmi les

civils, en grande partie des fillettes de moins de dix ans et des enseignants.

Comment cela a-t-il pu se produire ? La cible devait être une base des Pasdaran, située

près du bâtiment. Mais selon une enquête préliminaire, citée par The New York Times, le

problème provient de données de ciblage obsolètes fournies par le ministère de la

Défense et utilisés par le Commandement central pour générer les coordonnées du

missile. La base de données de ciblage (Target-data) indiquait que le bâtiment faisait

partie de la base militaire iranienne, alors que ce bâtiment avait été transformé en école

des années auparavant. Des analyses satellitaires citées par la presse américaine

montrent qu’entre 2013 et 2016, la zone avait été réaménagée : les tours de garde avaient

été supprimées, des entrées civiles avaient été ouvertes, et des terrains de sport et des

aires de jeux avaient été aménagés.

Si les données fournies à l'IA ne sont pas à jour ou sont erronées, les systèmes de

guidages automatiques des armes létales ne font qu'amplifier les dégâts. Dans ce cas

précis, en semant la mort parmi un grand nombre des civils innocents.



Les start-ups d’IA s’envolent sur le continent européen

Yann LeCun, que on a rencontré en février au WAICF de Cannes, a levé 1,03 milliard de

dollars à Paris le 9 mars pour sa nouvelle entreprise AMI (Advanced Machine

Intelligence). C’est la plus importante levée de fonds en amorçage pour une start-up

d’intelligence artificielle en Europe, et cela fait d’AMI une licorne de son début, déjà

valorisé à plus de 3 milliards de dollars. Le but : « lancer la prochaine révolution de l’IA

qui comprend le monde réel ». Un signal fort aussi pour la recherche et l’écosystème

français de l’intelligence artificielle, dans lequel LeCun est bien ancré.


Yann LeCun en conférence au WAICF 2026

Entre les investisseurs de grands noms à l’international : le géant de microprocesseurs

Nvidia, Eric Schmidt, l’ancien patron de Google, le fond d’investissement de Jel Bezos,

Hiro Capital et HV Capital, Samsung, Toyota Venture, plus de côté français Xavier Niel,

Rodolphe Saadé, le groupe Dassault, BpiFrance, Cathay Innovation, Daphni, le fond

Zebox Ventures.

« Un peu plus du tiers des investisseurs sont Européens, un tiers vient de Etats-Unis

et un peu moins d’un tiers d’Asie » a expliqué LeCun à France Inter (à retrouver sur

https://www.radiofrance.fr/franceinte...)

« La France compte environ mille start-up d’IA, dont 40 pour cent sont dans le Sud du

pays » a déclaré à BFM Tv un autre célèbre intervenant du Waicf, Luc Julia, qui a dirigé

Siri chez Apple, a été vice-président de l’Innovation chez Samsung et directeur

scientifique de Renault. Et la percé à l’international de la licorne française Mistral AI

avec son LLM européen a ouvert la route pour d’autres success-story.


Arthur Mensch

Arthur Mensch, co-fondateur et Ceo de Mistral, en début d’année a annoncé au

congrès mondial à Davos de vouloir multiplier x 10 les revenus d’ici fin 2026. La startup

qui représente le fleuron de l’IA française a rejoint une valorisation de 14 milliards

de dollars.

Alan, une autre licorne française dans l’assurance-santé (dont le nom a été choisi en

honneur du mathématicien Turing, père de l’IA) vient de dépasser au mois de mars les

5 milliards d’euros de valorisation, grâce à une nouvelle levé de fonds de 100 millions

d’euros. Et depuis dix ans d’existence comme mutuelle 100% numérique, la start-up

vise maintenant à la rentabilité financière pour le 2027. Une croissance soutenue aussi

par la fonction publique: 20 pour cent du portefeuille d’ordres venant des ministères,

où Alan a gagné des appels d’olres pour la couverture santé des agents.

En janvier Harmattan AI, licorne de la French Tech dans la défense, a levé 200 millions

d’euros dans un tour de table conduit par Dassault Aviation pour développer des

drones de combats dopé d’IA et des intercepteurs (Gobi). La start-up a été valorisée à

1,4 milliard de dollars.

Et pour neutraliser la menace de drones kamikazes iranien Shaled, une autre jeune

pousse, Egide vient de lever 8 millions d’euros en mars pour développer un bouclier

« low cost » : un petit missile intercepteur, à propulsion électrique, piloté par l’IA.

Sur le continent européen, en Grand Bretagne, deux start-up d’IA qui révolutionnent

les médias ont fait un bond :

ElevenLabs, créateur de voix à base d’intelligence artificielle, a été valorisé à plus de

11 milliards de dollars, après la dernière levée de fonds (500 millions de dollars, venant

des entreprises et des fonds de la Silicon Valley). Elle est devenue la start-up

britannique la mieux valorisée, mais aussi la plus rentable, avec des revenus annuels

en 2025 de 330 millions de dollars.

Et Sinthesia spécialiste d’avatars dopé à l’intelligence artificielle a annoncé une levée

de fonds à 200 millions, le valorisant à 4 milliards de dollars.

En Italie la licorne Bending Spoons, fondée à Milan par Luca Ferrari, a multiplié ses

activités sur le Web en rachetant des importantes plateformes ( WeTransfer, Vimeo,

Evernote) , et en octobre dernier s’est emparé aussi de AOL, un pionnier de l’accès à

Internet et des courriels électroniques. La start-up est cette année revalorisée à 1,4

milliard de dollars et assure de dépasser les 600 millions de revenus annuels.

Bending Spoons CEO Luca Ferrari poses for a portrait in Milan, Italy, October 17, 2024. REUTERS/Claudia Greco/File Photo Purchase Licensing Rights


Luca Ferrari Ceo de Bending Spoons et Alberto Dalmasso, Ceo de Satispay, la fintech

italienne devenue aussi une licorne, seront le 25 mars à la rencontre du publique dans

le congrès Pact4Future organisé par l’université Bocconi et le Corriere della Sera

pendant 3 jours à Milan (en direct streaming sur le site Corriere.it).



NEXT RDV : après les éditions du Global Tour

🇫🇷 Cannes | 🇧🇷 São Paulo | 🇯🇵 Kyoto | 🇰🇷 Seoul | 🇨🇳 Beijing,

le grand évènement arrive à Cannes

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President of WaiY 2026 : Gong Li

Founder: Marco LANDI

Director of WAiFF: Jean-Edouard André

Artistic Director: Julien Raout

Director of Communications : Rui ROMANO

International Director: Diana Vicinelli Landi

Sponsor Director: Leon Chicheportiche

KEY DATES IN. CANNES

23 MARCH FINALISTS ANNOUNCEMENT

21 APRIL CANNES FESTIVAL OPENING

Opening Gala • Film Screenings • Awards • A.I. Concert • Pro

Talks

22 APRIL CANNES FESTIVAL CLOSING


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