IA & Horizons : la newsletter n.16 août 2026

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01 Sep, 2026

La montée en puissance de la Chine dans l’IA et la robotique 

Drapeau de la chine

Combien de temps encore les Big Tech et les champions américains de l’IA continueront-ils à dominer la scène internationale et conquérir les marchés du numérique ?

Leur hégémonie pourrait être mise à dure preuve par les progrès des géants chinois, passés à l’offensive dès cet été. Une succession d’annonces et de faits qui démontrent comment le Dragon d’Orient se prépare à conquérir les marchés occidentaux de l’intelligence artificielle, des services cloud, de la robotique humanoïde. Sans compter les avancées dans la recherche scientifique en général. 

Au dernier Classement de Shanghai des meilleures universités dans le monde, dévoilé le 15 août, la Chine, deuxième juste après les États-Unis, compte 18 universités dans le Top 100 (deux de plus par rapport à 2025). La France et l’Allemagne n’ont que 4 universités chacune dans les 100 premières, l’Italie aucune, et la Grande Bretagne n’en compte que 8.  

Un jeune diplômé de l’université de Shanghai avait fondé en 2016 une start-up de robotique : il rêvait de laisser une trace dans l’histoire de la technologie. Dix ans après il est devenu milliardaire.


Wang Xingxing, 36 ans, est le fondateur et Ceo de Unitree, le symbole de la performance de la robotique chinoise.

On avait vu danser ses robots au dernier WAICF à Cannes en février, et ils avaient fait sensation en juin à Viva Tech à Paris.  Ils sont déjà en vente en Europe à des prix ultra compétitifs : l’humanoïde R1, par exemple, doté de 26 articulations et équipé d’IA pour la reconnaissance visuelle et l’interaction vocale, est proposé à 5.060 euros. Quatre fois moins chers que les prix de ses concurrents chinois qui sont vendu autour de 20.000 euros.

Le robot R1
Le 18 août Unitree a fait son entrée fracassant à la bourse de Shanghai, qui a vu son titre bondir de + 500 %.  

C’était le jour même du début de la Conférence internationale de robotique à Pékin et monsieur Xingxing a créé la surprise avec l’arrivé de « Superman » : un robot humanoïde qui bats tous les records, capable de sauter à 2 mètres de haut et de courir à la vitesse de 12,6 mètres par seconde, soit plus de 45 Km/h.  

 

La passion des Chinois pour les performances de leurs robots a fait aussi un bond ce mois d’août avec la célébration des Olympiades pour robots humanoïdes, autant en compétition avec l’humain dans tous les spécialités sportives, que acteurs dans le grand spectacle popularisé. 

La Chine compte aujourd’hui 52 entreprises dans le secteur de la robotique humanoïde, contre 27 aux États-Unis et moins d’une vingtaine en Europe.   

La vraie avancée toutefois, est que cette dernière génération d’androïdes polyvalents est dopée à l’IA et  interactive. Les robots peuvent ainsi évoluer dans les espaces physiques extérieurs, imiter les comportements humains. Les humanoïdes sont plus autonomes car ils ont des « cerveaux » incorporés grâce aux modèles d’IA chinois, qui ont eux aussi fait une percée cet été.

Trois importants modèles en open-source lancées en juillet et en août sont venus concurrencer l’IA américaine, jusqu’ici dominante.


Les nouveaux modèles de l’AI chinoise émergents

La siège régionale de Alibaba à Shanghai (Long Wei/Utuku/Ropi-rea).
Qwen3.8-Max dévoilé au début d’août par le géant de l’e-commerce Alibaba, revendique des meilleures performances que Fable 5 de l'américain Anthropic, tout en étant beaucoup moins cher. Il avait été annoncé comme « le modèle capable de raisonner », il utilise 2.400 milliards de paramètres, donc est comparable aux grands modèles dominants américains. L’avantage offert aux utilisateurs est que le million de tokens d'entrée coûte 2 dollars, celui de sortie est à 6 dollars, contre le 10 dollar d’entrée et 50 dollars en sortie par million de token de Fable5. 

Monsieur Eddie Wu, le P.D.G du groupe, avait annoncé en début de 2025 qu'Alibaba investirait autant dans l'IA et le cloud les trois prochaines années qu'au cours des dix dernières années : au moins 350 milliards de yuans (50 milliards d’euros). Le groupe fondé par Jack Ma (que après est tombé en disgrâce auprès du parti communiste) avait depuis 2024 déjà investi l’équivalent de 10 milliards de dollars pour muscler ses capacités des calculs et  ses datacenters.

Kimi K3 introduit le 27 juillet par la start-up Moonshot AI est un modèle puissant doté de 2.800 paramètres, qui s’adresse aux entreprises et il se présente comme le direct concurrent de Claude Fable5. Il est diffusé en open-source, mais sous une licence spécifique qui comporte certaines restrictions : un opérateur utilisant Kimi K3 pour commercialiser des services d’IA devrait conclure un accord avec Moonshot avant tout usage commercial. Des problèmes restent présents toutefois autour de sa fiabilité :  en effet selon des tests indépendants, l’utilisations de ce modèle révèle encore un taux « d’hallucinations » élevé.

V4-Flash est le dernier modèle de DeepSeek, l’entreprise chinoise qui l’année dernière avait déjà créé la surprise avec son IA open-source assez performante, aux coûts d’entrainement très réduits. Lancé fin avril, puis complétée par des versions optimisées comme le V4 Flash Vision Exp en août, se positionne comme l'un des modèles avancés les moins chers du marché, affichant des tarifs par million de tokens nettement inférieurs à ceux des  OpenAI ou Anthropic.  

Les Agents IA aussi « cartonnent » en Chine, et pas seulement dans les entreprises : ils sont déjà adoptés par la population. 

 Doubao est l’IA de ByteDance (la maison mère de TikTok), utilisée par 345 millions de chinois par mois, elle a largement dépassé les utilisateurs de DeepSeek. 

Doubao (Cfoto/SIPA Usa)
L'application agrège des centaines d'agents d'IA thématiques, couvrant tous les aspects de la vie quotidienne (travail, famille, santé, finance, éducation). Doubao intègre aussi de nombreuses fonctionnalités vidéo, photo, et même audio, à la différence de DeepSeek qui est davantage concentré sur le texte et les questions-réponses. Une fonction « vidéo call » permet aussi de dialoguer avec Doubao, en différentes langues. L’appli offre une formule payante avec trois abonnements (9 euros, 26 euros et 64 euros par mois) donnant droit à des fonctionnalités plus poussées que la version gratuite.

Manus aussi est un agent IA : un logiciel capable d'exécuter seul une série de tâches complexes - réserver un voyage, trier des candidatures ou analyser un marché - à partir d'une simple consigne, ou d’une conversation avec un robot. Lancé en mars 2025 par la société Butterfly Effect, créée à Pékin en 2022, il était dans le viseur de Meta qui voulait l’utiliser pour augmenter la qualité de ses applications (WhatsApp, Instagram, Facebook). Mark Zuckerberg avait annoncé à fin décembre 2025 le rachat de cette entreprise chinoise (en suite transférée à Singapour) pour environ 2 milliards de dollars. Mais en avril 2026 la Commission nationale du développement et de la réforme chinoise a interdit l’opération. 

Pékin s'en prend au « Singapore-washing », qui consiste pour des entreprises chinoises à s'installer dans la cité-État pour lever des fonds à l'étranger, échapper à un cadre réglementaire et séduire une clientèle mondiale. Deux des cofondateurs de Manus, le directeur général Xiao Hong et le directeur scientifique Ji Yichao, ont été empêchés de quitter la Chine pendant l'examen du dossier, information dévoilée le Financial Times

Le quotidien britannique a rapporté le 10 juillet que d'anciens investisseurs de Manus, dont le groupe chinois Tencent, négociaient le rachat à Meta pour la même valorisation de 2 milliards de dollars. Tencent doit y devenir donc le premier actionnaire, et Manus ne doit pas sortir de l’orbite chinoise. 

Xi Jinping (au centre) à la cérémonie d’ouverture de la Conférence mondiale sur l’IA à Shanghaï, le 17 juillet 2026. ( NG HAN GUAN VIA REUTERS)
Le 17 juillet à Shanghai le président Xi Jinping a prononcé son discours à la Conférence mondiale sur l’IA. Derrière la façade du message envoyé à toute la planète, en plaidant pour « Un système de gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle juste et équitable » orienté « vers le progrès et vers le bien de l’humanité », il a fait passer en réalité son éloge de l’open-source, orientée à ouvrir la voie au lancement de nouveaux puissants modèles de l’IA chinoise.  

La menace du Dragon qui plane sur l’Occident n’est pas limitée à l’intelligence artificielle, les investissements chinois ont été multipliés surtout dans l’électronique, la production de toute sorte de machines, et l’automotive, comme l’indique une étude réalisée par le cabinet McKinsey :

China's global investment share ranges from 1 percent in Finance to 60 percent in machinery
Dans ce contexte l’UE se trouve en une délicate et fragile position.

Nous le voyons avec la grande avancée des voitures électriques chinoises qui ont dépassé non seulement les ventes de Tesla (mise au tapis par BYD) sur le vieux continent, mais surtout celles des marques européennes. La suppression de 50.000 emplois chez Volkswagen annoncé fin août est un signal évident.

« Les chinois sont déjà là » a reconnu Antonio Filosa, directeur général du groupe Stellantis, à l’occasion des rencontres organisées par le Medef le 26 août à Roland Garros, il a en outre précisé : « La pression sur les prix devient un enjeu central ». 

Son groupe est en train de signer des partenariats de production avec les constructeurs chinois. Le même scénario risque se reproduire dans les prochaines années, et ce dans d’ autres secteurs industriels et commerciaux. 

Une étude de la Commission européenne sur les échanges commerciaux internationaux indique qu’en l’année 2022 l’Europe dépendait de la Chine pour 275 produits, soit 200 de plus par rapport au début des années 2000.

L’UE de plus en plus dépendent de la Chine, la Chine toujours moins dépendent de l’Europe.
Alors qu’au contraire, la Chine qui en 2000 importait 225 types de produits européens, a maintenant réduit sa dépendance à 105 produits. 

Et cette dernière année nous avons assisté à la vague déferlante de l’e-commerce chinois avec les plateformes Shein, Temu, Alibaba, qui ont envahis la France, l’Espagne, l’Italie, proposant des produits de consommations courantes à très bas prix.

Les prochains R.D.V. de l’Institut EuropIA :

IA & Cinéma : Nouvelles Vagues de création

Conférence de Julien Raout - Ceo Studio Lafitte

Le mardi 1 septembre à la Maison de l’IA, Pôle ALPHA Sophia Antipolis

IA & Cinéma : Nouvelles Vagues de création
IADates - Comment vivrons-nous en 2040 ?


Intelligence artificielle, robotisation, santé, énergie, géopolitique… 

Les transformations qui façonneront notre quotidien de demain sont déjà à l’œuvre.

Le 22 septembre à 18h30, rendez-vous pour notre prochain #IADATES au Palais des Rois Sardes à Nice pour prendre de la hauteur et explorer les futurs possibles avec Pierre Grand-Dufay, prospectiviste et Président-Fondateur de TERTIUM Invest.

Au cœur de cette conférence, une question essentielle : comment faire de l’intelligence artificielle et des bouleversements technologiques qui l’accompagnent une opportunité de progrès, de liberté et de vivre-ensemble ?

IADates - Comment vivrons-nous en 2040 ?

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Chiara Sottocorona

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